L'inhalation aiguë se traduit par une irritation respiratoire et des signes de dépression du système nerveux central. Les contacts avec la peau induisent une irritation modérée. Au niveau des yeux, ils sont à l’origine de blépharo-conjonctivites avec parfois une kératite. Les produits chauffés entraînent des brûlures. Les expositions répétées provoquent des signes cutanés importants mais également des effets oculaires, respiratoires et digestifs. Des effets cancérogènes sont observés principalement au niveau de la peau, des voies respiratoires, et de la vessie. L’exposition à certains HAP est vraisemblablement responsable de l'action mutagène, cancérogène et réprotoxique.
Remarque : La nature et la gravité des effets toxiques dépendent à la fois de la provenance du goudron à partir duquel le brai a été fabriqué et des circonstances de l'exposition.
Toxicité aiguë [9, 31 à 33]
En cas d'inhalation, des nausées, des céphalées, de l'ébriété et des troubles de la conscience sont rapportés. Ces signes sont associés à une irritation bronchique (toux) et à un œdème des muqueuses nasales et des sinus (éternuement).
Les brais de houille sont généralement considérés comme modérément irritants pour la peau, entraînant érythème, sensation de brûlure, prurit et desquamation. Les projections oculaires ou l’exposition à des vapeurs produisent une blépharo-conjonctivite avec parfois une kératite ponctuée réversible. Dans ces deux derniers cas, il faut prendre en compte la possibilité d'aggravation des lésions en cas de contact avec les produits chauffés (brûlure thermique rajoutée).
Il n'existe pas de donnée publiée concernant les effets aigus des brais de houille par ingestion.
Toxicité chronique [9, 31 à 35]
Les principales manifestations sont cutanées : dermites acnéiformes, érythémateuses ou eczématiformes, hyperkératose (verrues, kératoacanthome, plaques cornées et papillomes). Ces lésions surviennent souvent sur les zones découvertes mais sont également favorisées par le port de vêtements souillés. On peut aussi observer des troubles de la pigmentation (fréquemment de l’hyperpigmentation, rarement de la dépigmentation).
L'exposition chronique aux poussières ou vapeurs de brais de houille peut provoquer des lésions oculaires : conjonctivite, infiltration cornéenne, hypopion, déformation de la paupière inférieure. Quelques cas de coloration cornéenne sont également décrits.
Le soleil ou les rayons UV peuvent aggraver ces atteintes cutanéomuqueuses par un mécanisme de phototoxicité ou de photosensibilité.
Les ouvriers exposés aux brais de houille peuvent se plaindre de troubles digestifs (diarrhée) et respiratoires (troubles ventilatoires obstructifs).
Des troubles neurologiques ont été décrits (faiblesse musculaire et augmentation de la période de latence de la réponse motrice aux stimuli nerveux) après des expositions à de très fortes concentrations d'aérosols de brai de goudron de houille à haute température (23-453 mg/m3 ; durée non précisée) et une exposition simultanée à la chaleur [221]1.1https://www.inrs.fr/publications/bdd/fichetox/fiche.html?refINRS=FICHETOX_91§ion=pathologieToxicologie#ancre_BiblioTexte
Un excès de mortalité par cardiopathie ischémique a été observé au sein d’une cohorte canadienne de fondeurs d’aluminium (n = 7 026 ; 1957-1999), en lien avec l’exposition chronique cumulative au benzo[a]pyrène libéré du brai de goudron de houille et utilisé comme marqueur de l’exposition [36].
Effets génotoxiques [5, 26]
Les études chez les travailleurs exposés aux produits volatiles des brais de houille (fours à coke, usines de carbone, d'aluminium ou d'électrodes en graphite) donnent des résultats contradictoires. Certains polymorphismes génétiques (glutathion-S-transférases, cytochromes P450 1A1) pourraient jouer un rôle dans la survenue d’évènements génotoxiques [37, 38]. Chez les personnes fortement exposées aux HAP, une augmentation des taux d'adduits à l'ADN a été observée
Effets cancérogènes [5, 22, 26, 31, 39, 40]
Plusieurs études épidémiologiques mettent en évidence une augmentation de certains cancers dans les populations exposées.
Les premières tumeurs ainsi découvertes se situent au niveau de la peau, principalement de la face et du scrotum. Une étude dans le secteur de la distillation de goudron de houille a mis en évidence principalement des carcinomes épidermoïdes, carcinomes basocellulaires, kératoacanthomes et mélanomes, essentiellement localisés dans la région de la tête. Un écart entre la distribution des lésions chez les travailleurs par rapport à la population générale a été noté (lèvre supérieure vs inférieure, avant-bras vs face dorsale des mains ; lésions prémalignes au niveau des narines, moins exposés au soleil, mais exposés aux poussières et aérosols) [41].
L'inhalation induit une augmentation de cancers pulmonaires et de la vessie. Ceci a été démontré en particulier dans les industries où les travailleurs étaient exposés au brai de goudron de houille à haute température (fonderie d'aluminium, usines d'anodes au carbone, distillation de goudron, asphalte), mais aussi dans d’autres industries (cokeries, production de gaz de houille, production de noir de carbone) impliquant la mise en œuvre de différents brais, goudrons et huiles de houille, avec une exposition aux HAP, vraisemblablement responsables de l'action cancérogène.
Des cancers des voies aéro-digestives supérieures (bouche, pharynx) ont été rapportés dans les études anciennes chez les travailleurs utilisant des produits d’étanchéité pour le pavement et les toitures à base de goudron de houille, sans que les facteurs de confusion n’aient été complètement maitrisés. Chez les travailleurs de la production de l’aluminium, des excès de risque de cancer de l'estomac, du rein, de la prostate, du pancréas, et du système hématopoïétique ont été également observés.
Effets sur la reproduction [5]