Les effets chroniques à forte dose ne sont que rarement observés de nos jours en milieu professionnel. Les études les plus récentes se sont intéressées aux effets du plomb aux faibles doses chez des travailleurs exposés et en population générale, sans que le rôle d’une exposition antérieure au plomb à un niveau plus élevé puisse toutefois être exclu chez l’adulte.
Effets neurologiques
Une encéphalopathie peut être observée chez l’adulte en cas de contamination massive avec une plombémie supérieure à 2000 µg/L. La symptomatologie clinique inclut : hallucinations, délire, déficit moteur ou sensitif focalisé, amaurose, coma, convulsions. Les principales complications sont le décès qui peut survenir en quelques heures en l’absence de traitement rapide et des séquelles neurologiques (déficit cognitif, épilepsie, cécité, hémiparésie…).
- Troubles des fonctions cognitives
Des troubles mentaux organiques sont classiquement décrits pour des plombémies entre 700 et 2000 µg/L chez l’adulte. Le tableau clinique associe des signes subjectifs à type d’asthénie, fatigabilité, irritabilité, difficultés mnésiques et de concentration, troubles du sommeil, diminution de la libido, idées dépressives… Les tests psychométriques peuvent objectiver un ralentissement psychomoteur, des troubles de la mémoire et de l’attention, une altération des capacités d’apprentissage ; l’enregistrement des potentiels évoqués visuels, moteurs et cognitifs montre un allongement des latences centrales.
Des troubles des fonctions neurocomportementales sont également observés pour des plombémies inférieures à 700 µg/L. Une revue de deux méta-analyses de 24 études conclut ainsi à une baisse des performances cognitives et psychomotrices aux tests neurocomportementaux portant sur la mémoire, l’attention, l’organisation visuo-spatiale et la coordination oculomotrice, chez des travailleurs exposés au plomb (plombémies moyennes entre 370 et 520 µg/L) [54]. Dans une cohorte de 803 travailleurs sud-coréens exposés au plomb et suivis pendant 2 ans, une association est mise en évidence entre la plombémie et la baisse des scores aux tests neurocomportementaux évaluant principalement les capacités exécutives, la dextérité manuelle et le seuil de perception vibratoire ; les valeurs de plombémie de 180 et 210 µg/L sont proposées respectivement comme un NOAEL et un LOAEL pour l’apparition des effets du plomb sur les fonctions neurocomportementales [55, 56].
Dans un échantillon de sujets adultes de l’étude américaine NHANES III (National Health and Nutrition Examination Survey) en population générale, il n’a pas été retrouvé de relation statistiquement significative entre la plombémie (concentration moyenne de 250 µg/L) et les performances aux tests neurocomportementaux (3 tests réalisés), après prise en compte des facteurs de confusion [57]. Par contre, des troubles cognitifs sont décelables chez l’enfant pour des contaminations très faibles (plombémie inférieure à 50 µg/L), les travaux les plus récents indiquent une relation inverse sans seuil entre la plombémie et le quotient intellectuel ; ces effets persistent à l’âge adulte.
La neuropathie périphérique cliniquement patente, qui peut être observée lorsque la plombémie est durablement supérieure à 1200 µg/L, est rare. L’atteinte est principalement motrice. La paralysie pseudoradiale est la forme la plus classique : atteinte de l’extenseur commun des doigts en respectant initialement l’extenseur propre de l’index et de l’auriculaire (le malade fait les cornes quand il tente de relever les doigts) avec conservation de force du long supinateur (muscle fléchisseur de l’avant-bras sur le bras, également innervé par le nerf radial). D’autres territoires des membres peuvent être touchés ainsi que les paires crâniennes (atteinte laryngée) avec une atteinte principalement motrice. Une atteinte infra-clinique peut être décelée plus précocement. Dans une méta-analyse des études évaluant les effets du plomb sur la conduction nerveuse chez des sujets exposés (le plus souvent professionnellement), une diminution des vitesses de conduction motrice et sensitive (nerfs médian, ulnaire, radial du bras, nerf fibulaire profond de la jambe) et une augmentation des latences distales sont décelables dès que la plombémie dépasse respectivement 330 et 640 µg/L [58].
Certaines études en milieu professionnel retrouvent une association entre plombémie (plombémie moyenne mesurée de 280 µg/L [40-620 µg/L]) et altération dose-dépendante des potentiels évoqués auditifs [59] ou augmentation des seuils d’audibilité, le plus souvent aux fréquences de 3000 à 8000 Hz (plombémies moyennes variant de 50 à 100 µg/L, ajustement inconstant sur l’exposition au bruit) [60 à 62].
Les effets du plomb sur la diminution de l’acuité auditive sont bien documentés chez l’enfant, pour des plombémies inférieures à 100 µg/L.
- Effets sur la stabilité posturale
Une altération de la stabilité posturale a été rapportée chez des travailleurs exposés (plombémie moyenne entre 360 et 560 µg/L), mais une corrélation avec la plombémie n’est pas toujours observée. Dans une étude japonaise mettant en évidence une association entre plombémie et atteinte posturale (mesure du balancement postural, yeux ouverts et fermés) chez les travailleurs exposés par rapport aux non exposés, la valeur BMDL 95 (Benchmark dose level correspondant à la limite inférieure de l’intervalle de confiance à 95 % de la Benchmark dose BMD) pour la plombémie est estimée entre 120 et 170 µg/L (moyenne de 140 µg/L) [63].
- Autres effets neurologiques
Les données concernant la diminution de la variabilité de l’intervalle électrocardiographique R-R permettant de suspecter une atteinte du système nerveux autonome sont peu nombreuses et discordantes. Les douleurs abdominales modérées et la constipation rapportées lorsque la plombémie est supérieure à 500 µg/L en seraient également une manifestation. La classique colique de plomb qui associe crises douloureuses abdominales, constipation sévère, nausées et vomissements, a été décrite pour des plombémies entre 1000 et 2000 µg/L.
Une publication rapporte des anomalies du champ visuel (scotome central) dans un petit échantillon de travailleurs exposés (plombémies moyennes de 470 µg/L).
Des cas de sclérose latérale amyotrophique sont rapportés chez des travailleurs exposés au plomb ; par ailleurs, plusieurs études observent une association entre cette pathologie et le niveau de plombémie. Cependant, une causalité inverse est évoquée puisque la diminution de la mobilité associée à la maladie est un facteur de risque de déminéralisation osseuse et donc d’élévation de la plombémie.
Les données disponibles ne permettent pas d’évaluer le risque de troubles du comportement associés à l’exposition au plomb chez l’adulte (mais un excès de risque de troubles de l’attention et de problèmes de comportement antisocial ou délinquant est observé chez l’enfant et l’adolescent pour des plombémies inférieures à 50 µg/L).
Effets rénaux
La néphropathie liée à l’exposition chronique au plomb se caractérise par une atteinte tubulaire proximale, une sclérose glomérulaire et une fibrose interstitielle. La sévérité est dose-dépendante : diminution du débit de filtration glomérulaire pour une plombémie inférieure à 50 µg/L (certaines études en milieu professionnel observent paradoxalement une hyperfiltration), enzymurie et protéinurie au-delà de 300 µg/L, déficits fonctionnels importants, constitution d’une atteinte rénale définitive, pouvant évoluer pour son propre compte même après arrêt de l’exposition, pour des plombémies supérieures à 500-600 µg/L.
Dans le cadre de programmes de surveillance de l’exposition professionnelle au plomb, le suivi de deux cohortes aux Etats-Unis [64] et en Suède [65] ne retrouve globalement pas d’association entre la plombémie et le risque d’insuffisance rénale terminale (moyenne des plombémies maximales mesurées de 260 µg/L dans l’étude américaine, médiane des plombémies maximales mesurées de 240 µg/L dans la cohorte suédoise). Un excès de risque d'insuffisance rénale est toutefois observé dans le groupe le plus exposé (moyenne des plombémies maximales de 650 µg/L), lorsque la cohorte américaine est restreinte aux sujets suivis plus de 5 ans (ratio standardisé d’incidence SIR 1,56 ; IC 95 % 1,02-2,29).
La relation entre la plombémie et de nombreux indicateurs d’atteinte glomérulaire ou tubulaire précoce (béta 2-microglobuline, protéine transporteuse du rétinol RBP, alpha1-microglobuline, lysozyme, N-acétyl-β-D-glucosaminidase urinaires) a été étudiée chez des salariés exposés, avec des résultats discordants. La signification clinique de ces indicateurs précoces reste à établir clairement dans le cas de l’exposition au plomb.
Des études en population générale montrent une diminution du débit de filtration glomérulaire et une augmentation du risque de maladie rénale chronique pour des plombémies inférieures à 50 µg/L [66 à 68]. Cet effet est probablement sans seuil, l’impact étant plus important chez les sujets présentant un diabète ou une HTA [69, 70].
Effets cardiovasculaires
Plusieurs études épidémiologiques, chez des travailleurs exposés et en population générale, retrouvent une association positive entre plombémie et élévation de la pression artérielle, et ce même pour des valeurs de plombémie inférieures à 50 µg/L. L’effet est cependant modéré ; une méta-analyse de 31 études chez des salariés exposés et en population générale montre qu’un doublement de la plombémie est associé à une augmentation de 1 et 0,6 mm Hg respectivement de la pression artérielle systolique et diastolique [71]. Un lien mécanistique est évoqué entre cet effet sur la pression artérielle et les effets rénaux, l’élévation de la pression artérielle pouvant favoriser la survenue d’une pathologie rénale et, inversement, la diminution du débit de filtration glomérulaire pouvant contribuer à l’élévation de la pression artérielle. Enfin, les effets cardiovasculaires et rénaux pourraient impliquer les mêmes mécanismes physiopathologiques.
Par ailleurs, le plomb a été associé à d’autres effets cardiovasculaires : pathologie artérielle périphérique, hypertrophie ventriculaire gauche, anomalies électrocardiographiques (notamment allongement de l’intervalle QT corrigé dont le mécanisme pourrait impliquer l’élévation de la pression artérielle et l’hypertrophie ventriculaire gauche ou une atteinte du système nerveux autonome [72, 73]). Plusieurs études prospectives en population générale suggèrent que l’exposition environnementale au plomb à des niveaux faibles (plombémie inférieure à 100 voire 50 µg/L) serait un facteur de risque de mortalité cardiovasculaire. Ainsi, le suivi prospectif d’une large cohorte américaine en population générale (plus de 14 000 sujets de plus de 20 ans inclus entre 1988 et 1994 et suivis jusqu’à fin 2011 ; plombémie variant entre 10 et 560 µg/L avec une moyenne géométrique de 27 µg/L) permet d’estimer qu’une augmentation de la plombémie de 10 à 67 µg/L (soit du 10e au 95e percentile) est associée avec la mortalité cardiovasculaire (hazard ratio HR 1,7 ; IC95 % 1,3-2,22) et la mortalité par cardiopathie ischémique (HR 2,08 ; 1,52-2,85) [74].
Effets hématologiques
Une anémie généralement modérée, normochrome normocytaire peut être observée dès que la plombémie atteint 400 µg/L. Plusieurs mécanismes peuvent être impliqués : principalement une inhibition de la synthèse de l’hème par le plomb (inhibition des enzymes déshydratase de l’acide delta-aminolévulinique (ALAD), ferrochélatase qui contrôle la dernière étape de la synthèse de l’hème et à un moindre degré coproporphyrinogène-décarboxylase) (cf figure 1) ; une diminution de la durée de vie des érythrocytes ou hyperhémolyse (toxicité membranaire directe et déplétion en glutathion réduit) ; une inhibition de la production d’érythropoïétine. L’hémogramme montre également la présence d’hématies ponctuées ("à granulations basophiles"), hématies immatures contenant des agrégats d'ARN ribosomal du fait de l'inhibition par le plomb de la pyrimidine-5’-nucléotidase.
L’ALAD est inhibée précocement (plombémie inférieure à 100 µg/L) mais la concentration urinaire de l’ALA n’augmente significativement que lorsque la plombémie atteint 500-600 µg/L. La concentration intra-érythrocytaire de la protoporphyrine (substrat de la ferrochélatase) ou de son chélate de zinc, la protoporphyrine-zinc (PPZ) commence à augmenter lorsque la plombémie dépasse 200-250 µg/L.
Effets métaboliques
Historiquement des crises de goutte sont décrites en cas d’intoxication sévère au plomb. Les résultats des études en milieu professionnel évaluant la relation entre la plombémie (concentration entre 40 et 1000 µg/L) et l’uricémie, sont discordants [75]. Une augmentation de la prévalence de l’hyperuricémie et des crises de goutte a toutefois été associée à des plombémies inférieures à 250 µg/L dans une cohorte en population générale américaine (tranche d’âge 40-85 ans) [76].
Le plomb inhibe la conversion de la vitamine D en 1,25-dihydroxyvitamine D, forme active, probablement via l’inhibition de la synthèse du cytochrome P450. Cet effet est observé surtout chez l’enfant, pour des expositions élevées (plombémie supérieure à 200 µg/L) [5].
Effets endocriniens
Des études en milieu professionnel suggèrent des effets des fortes expositions au plomb sur la concentration sanguine de certaines hormones. Des anomalies des concentrations sériques d’hormones thyroïdiennes (en particulier thyroxine T4 et TSH) et sexuelles (notamment FSH, LH et testostérone) sont observées chez des travailleurs exposés avec des plombémies moyennes supérieures à 400-600 µg/L et 300-400 µg/L respectivement. Les résultats ne sont pas toujours cohérents et des limites méthodologiques sont généralement présentes : faibles échantillons de sujets, possibles facteurs de confusion, réponses hormonales dans les limites physiologiques, différentes méthodes analytiques pour les dosages hormonaux.
Effets sur le système immunitaire
Certaines études en milieu professionnel suggèrent de possibles effets du plomb sur le système immunitaire pour des plombémies au-delà de 300 µg/L (modifications des sous-populations lymphocytaires, diminution de la chimiotaxie des polynucléaires notamment) mais les résultats sont discordants. Il en est de même pour les études évaluant les potentiels effets sur la composante humorale du système immunitaire (taux d’immunoglobulines sériques).
Signes d’imprégnation
Certains signes ont été décrits comme témoins de l’exposition au plomb : le liseré gingival de Burton et les taches de Gubler sur la face interne des joues, de couleur bleu ardoise, observés en cas de mauvaise hygiène buccodentaire ; le semis de Sonkin, piqueté grisâtre de la macula visible au fond d’œil, sans retentissement fonctionnel ; les bandes denses métaphysaires, opacités linéaires au niveau de la métaphyse des os longs chez l’enfant, en cas d’exposition prolongée avec une plombémie supérieure à 500 µg/L.
Le plomb et ses composés inorganiques sont classés par le CIRC respectivement dans le groupe 2B (possiblement cancérogène) et 2A (probablement cancérogène) (évaluations en 1987 et 2006 respectivement).
Plusieurs études de cohorte chez des travailleurs exposés montrent un excès faible ou l’absence d’excès de risque de cancer du poumon (à l’exception d’une cohorte suédoise de fondeurs ayant une potentielle co-exposition importante à l’arsenic). Une méta-analyse réalisée en 2000 retrouve un risque relatif (RR) de cancer bronchopulmonaire de 1,3 (IC 95 % 1,15-1,46) en incluant la cohorte suédoise et un RR de 1,14 (IC 95 % 1,04-1,25) en l’excluant [78]. Pour l’ensemble de ces cohortes, peu ou pas d’informations concernant le tabagisme, autre facteur majeur de confusion, sont disponibles.
Un excès de risque est également observé pour le cancer de l’estomac dans plusieurs cohortes de travailleurs exposés (RR de 1,34 (1,14-1,57) dans la méta-analyse citée ci-dessus [78]).
Plus récemment, l’analyse combinée des données de mortalité de trois cohortes de travailleurs exposés au plomb aux Etats-Unis, en Finlande et au Royaume Uni (plombémie médiane de 260 µg/L) met en évidence un excès de risque de cancer du poumon corrélé à la plombémie : hazard ratio HR allant de 1,39 (IC 95 % 1,19-1,64) dans le groupe ayant des plombémies de 200-300 µg/L à 1,78 (IC 95 % 1,51-2,08) dans le groupe le plus fortement exposé (plombémies supérieures à 400 µg/L) [79]. Cependant, aucune donnée sur le tabagisme n’est disponible. Deux études cas-témoins au Canada ne retrouvent pas d’association entre cancer du poumon et exposition professionnelle au plomb [80].
Il n’y a pas d’augmentation globale des risques de cancers du rein et du cerveau même si certaines études isolées retrouvent une association positive [12].
Une publication postérieure à l’évaluation par le CIRC rapporte les résultats du suivi de deux cohortes en population générale en Chine. Une association est observée entre l’exposition professionnelle au plomb, estimée par une approche matrice emplois-expositions, et le risque de méningiomes chez les femmes (RR 3,1 ; IC 95 % 1,3-7,4). Toutefois, l’ensemble des 12 cas de méningiomes chez les hommes est observé dans le groupe non exposé au plomb [81].
Dans une étude cas-témoins évaluant l’éventuel lien entre l’exposition professionnelle à des métaux (arsenic, cadmium, chrome, plomb, nickel) et le carcinome rénal, un odds ratio OR de 1,55 (IC 95 % 1,009-2,21) est observé pour l’exposition au plomb [82]. Cependant, il existe de possibles facteurs de confusion (notamment liés aux co-expositions) et il n’y a pas de relation dose-réponse évidente avec la durée d’exposition ou l’exposition cumulée.
Une étude de la mortalité par cancer dans une cohorte de travailleurs exposés au plomb inorganique dans l’industrie de l’imprimerie en Russie (1423 hommes et 3102 femmes) ne montre pas d’excès de risque de cancer quel que soit le site [83].
Effets sur la fertilité
Plusieurs études en milieu professionnel rapportent une diminution du nombre ou de la concentration des spermatozoïdes, de leur motilité et du volume des éjaculats, ainsi qu’une augmentation de la proportion de spermatozoïdes présentant des anomalies morphologiques pour des plombémies supérieures à 150 µg/L. Certaines anomalies des paramètres spermatiques sont également observées pour des plombémies inférieures à 100 µg/L chez des sujets pris en charge pour des problèmes d’infertilité ; les rares études en population générale avec de faibles effectifs, sont cependant négatives.
De façon cohérente, un allongement du délai pour concevoir associé à des plombémies supérieures à 200 µg/L est observé chez des hommes professionnellement exposés.
Il n’y a pas de preuve d’un effet du plomb sur la fertilité féminine aux concentrations habituelles en milieu professionnel et en population générale.
Effets sur le développement
L’exposition maternelle au plomb semble être un facteur de risque d’avortement spontané même si, dans certaines études épidémiologiques ou séries de cas, les données biométrologiques manquent. Certains auteurs observent une augmentation du risque pour des plombémies inférieures à 100 µg/L. Ainsi, une étude cas-témoins nichée dans une cohorte de 668 femmes enceintes au Mexique (plombémies moyennes de 120 µg/L (31-290 µg/L) pour les cas et 100 µg/L (13-260 µg/L) chez les témoins) retrouve une augmentation du risque d’avortement spontané (perte de conceptus avant 20 semaines de grossesse) corrélée à la plombémie durant le premier trimestre de grossesse (odds ratio OR de 1,8 ; IC 95 % 1,1-3,1 pour une augmentation de 50 µg/L de la plombémie) [84]. D’autres études où les niveaux moyens de plombémie sont entre 40 et 160 µg/L, ne retrouvent pas cet effet. Les données concernant l’effet de l’exposition paternelle sont limitées. Les résultats des études concernant le risque d’accouchement prématuré ne sont pas toujours concordants ; certains auteurs observent une augmentation de ce risque lorsque la plombémie de le mère est supérieure à 50 µg/L (OR 2,00 ; IC 95 % 1,35-3,00) [85].
Il n’y a pas de preuve de la tératogénicité du plomb aux niveaux d’exposition habituels dans la population générale ou chez les salariées exposées.
De nombreuses études prospectives en population générale sont en faveur d’un risque accru de réduction de la croissance fœtale et du poids de naissance associé à une plombémie inférieure à 50 µg/L chez la mère. Par ailleurs, les données d’une large cohorte américaine incluant plus de 43 000 couples mère-enfant (plombémie maternelle médiane de 20 µg/L), suggèrent que l’effet sur la diminution du poids de naissance est supérieur aux niveaux d’exposition les plus faibles, sans effet seuil [86].
Le plomb passe librement la barrière placentaire ; à la naissance, les plombémies de la mère et de l’enfant sont très voisines. Or, l’exposition prénatale au plomb affecte le développement du système nerveux central du fœtus et du jeune enfant, sans effet de seuil.
Il existe une augmentation du risque d’hypertension artérielle durant la grossesse en lien avec des plombémies inférieures à 100 µg/L. Une méta-analyse récente retrouve également une association entre plombémie (moyennes entre 13 et 600 µg/L) et risque de pré-éclampsie (augmentation de la plombémie de 10 µg/L associée à une augmentation de 1,6 % de la probabilité de pré-éclampsie) [87].
Effets sur le développement sexuel
Un retard de maturation sexuelle et de début de la puberté en lien avec l’élévation de la plombémie est rapporté chez l’enfant et l’adolescent (8-17 ans) des deux sexes, pour des plombémies inférieures à 50 µg/L.