Toxicité aiguë
Le phénoxyéthanol est peu toxique pour l’animal, il n’est ni irritant pour la peau ni sensibilisant ; il provoque une irritation oculaire réversible.
La toxicité du phénoxyéthanol varie avec les espèces (le lapin est plus sensible que le rat) et le sexe (les mâles sont plus sensibles que les femelles) (cf. tableau I). Une exposition par inhalation, pendant 8 heures, à une atmosphère saturée à température ambiante, n’est pas létale pour le rat ; cependant des vapeurs générées à forte température provoquent létalité, somnolence et irritation des yeux et du nez.
Par voie orale, des effets hémolytiques sont rapportés chez le lapin ayant reçu une dose de 800 mg/kg : ils se traduisent par une diminution importante du nombre d’érythrocytes, de l’hématocrite et du taux d’hémoglobine. Les autopsies ont révélé une coloration foncée de la rate et des reins [4].
Voie | Espèce | DL50 | Référence |
Orale | Rat | 1260 à 4013 mg/kg selon le sexe | 1, 2, 3, 9 |
Cutanée | Rat | 2250-14 300 mg/kg | 1, 9 |
Lapin | > 2000 mg/kg | 3, 9 |
Cobaye | > 22 200 mg/kg | 1 |
Tableau I. DL50 du phénoxyéthanol
Irritation, sensibilisation [1, 3, 15]
Le 2-phénoxyéthanol n’est pas irritant pour la peau du lapin en application unique ; des applications répétées (300-1000 mg/kg/j pendant 12 jours) provoquent une légère rougeur. Il est légèrement irritant pour la peau du cobaye. Instillé dans l’œil du lapin, il provoque une irritation modérée avec une atteinte de la cornée, réversible en 7 jours.
Il n’est pas sensibilisant pour le cobaye.
Toxicité subchronique, chronique [1, 3, 15]
Le phénoxyéthanol induit un effet variable selon les espèces : hématotoxicité chez le lapin, neurotoxicité modérée chez le rat ou la souris.
Chez le lapin, lors d’une exposition orale répétée pendant 10 jours (100-300-600-1000 mg/kg/j), on observe une anémie hémolytique, de sévérité et de latence liées à la dose, caractérisée par une diminution du nombre des globules rouges, du volume globulaire moyen et de l’hémoglobine avec, pour conséquences, létalité, hémoglobinurie, congestion splénique, lésion des tubes rénaux et réponse régénératrice de la moelle osseuse et de la rate. Chez le rat, une dose toxique répétée par voie orale (2500 mg/kg, 14 jours) provoque léthargie et ataxie mais pas d’hémolyse [3].
Une exposition par gavage, pendant 13 semaines, n’induit, chez le rat, qu’une baisse de poids et une augmentation de la phosphatase alcaline sérique (> 500 mg/kg/j) ; un effet hémolytique létal n’est observé qu’à la plus forte dose (2000 mg/kg/j). Chez la souris, des doses fortes (2000 mg/kg/j par gavage ou 4000 mg/kg/j dans la nourriture) induisent létalité et baisse de poids mais pas d’effet sur les globules rouges. Le lapin est plus sensible, l’anémie hémolytique apparaît après 10 jours d’exposition à 100 mg/kg/j et la létalité à 300 mg/kg/j.
Par voie cutanée, chez le lapin, une expérimentation ancienne a montré une hémolyse, avec hémoglobinurie et effet rénal, après 5 à 8 applications de 1000 mg/kg/j ; dans une expérimentation plus récente (2000 mg/kg/j, 6 h/j pendant 14 j), seule une irritation légère au site d’application a été observée [1]. Appliqué pendant 13 semaines (50-150-500 mg/kg/j, 5 j/sem), le phénoxyéthanol n’induit que des effets mineurs sur la peau au site d’application (érythème).
Par inhalation, des changements morphologiques, liés au potentiel irritant de la substance, sont observés au niveau du nez, du larynx et des poumons de rats exposés à 246 et 1000 mg/m3 pendant 14 jours [18].
Les NOAELs pour les effets à long terme sont les suivantes :
- 80 mg/kg/j, gavage, rat ; seul un léger effet rénal est noté à 400 mg/kg/j ;
- 500 mg/kg/j, gavage, souris ;
- 500 mg/kg/j, cutané, lapin.
Effets génotoxiques [1, 3, 15]
Dans les tests pratiqués, le phénoxyéthanol ne présente pas d’effets génotoxiques in vitro ou in vivo.
In vitro, le phénoxyéthanol n’est pas mutagène, avec ou sans activateurs métaboliques, pour les bactéries dans le test d’Ames ou les cellules ovariennes de hamster chinois dans le test HGPRT. Il n’est pas clastogène pour ces dernières cellules.
In vivo, il n’est pas clastogène pour le rat (aberrations chromosomiques dans la moelle osseuse, 280-933-2800 mg/kg, voie orale) ou la souris (test des micronoyaux, 300-600-1200 mg/kg en 2 fois, voie orale).
Effets cancérogènes
Il n’existe aucune donnée disponible sur des éventuels effets cancérogènes du 2-phénoxyéthanol.
Effets sur la reproduction [1, 3, 15]
Le 2-phénoxyéthanol est toxique pour le développement à des doses toxiques pour les mères ; il n’induit pas de tératogenèse.
Fertilité
Les indices spermatiques (mobilité, concentration, morphologie) de la souris mâle ne sont pas modifiés par une exposition au 2-phénoxyéthanol (EGPhE) à 2,5 % dans la nourriture.
Lors d’une exposition sur 2 générations chez la souris, l’EGPhE dans la nourriture (0,25-1,25-2,5 % soit 400-2000-4000 mg/kg/j, 7 j avant accouplement et 98 j de cohabitation) ne provoque pas de toxicité systémique parentale (en dehors d’une augmentation de poids du foie) mais induit :
- une légère diminution de la fertilité ; baisse de 10 à 19 % du nombre de petits par portée à la plus forte dose,
- une baisse de poids fœtal,
- une augmentation de la mortalité néonatale (1re génération) et une baisse de la prise de poids des petits (> 2 000 mg/kg/j pour la 1re génération et à 4000 mg/kg/j pour la 2e génération),
- une augmentation de la létalité (90 % à la forte dose), au sevrage de la 1re génération,
- une baisse de poids et du poids des testicules et des vésicules séminales des petits de la 2e génération sans effet sur le sperme (2000 mg/kg/j) [19].
Développement
Chez le lapin exposé par voie cutanée (0-300-600-1000 mg/kg/j du 6e au 18e jour de gestation), le 2-phénoxyéthanol induit une toxicité sévère aux deux doses les plus élevées avec une mortalité maternelle importante, aucun effet n’est observé à 300 mg/kg/j. Aucune anomalie n’est notée chez les fœtus quelle que soit la dose.
Une exposition du rat par voie sous-cutanée (0,1-0,2-0,4 mL/kg du 6e au 15e jour de gestation) n’est embryotoxique qu’à des doses toxiques pour les mères.
| | NOAEL |
Espèce | Voie | Toxicité maternelle | Toxicité embryonnaire, fœtale ou néonatale (quand les mères survivent) | Tératogenèse |
Souris | orale | 400 mg/kg/j | 400 mg/kg/j | > 4000 mg/kg/j |
Lapin | cutanée | 300 mg/kg/j | > 1000 mg/kg/j | > 1000 mg/kg/j |
Rat | sous-cutanée | 0,2 mL/kg | 0,2 mL/kg | 0,4 mL/kg |
Tableau II. NOAEL pour les effets sur la reproduction.