Toxicité aiguë
L’essence de térébenthine est irritante pour la peau, les yeux et les muqueuses ; elle induit une irritation sensorielle et, à plus forte concentration, des convulsions.
Par voie orale, la DL50 chez le rat est de 5760 mg/kg et les symptômes observés sont des douleurs gastro-entériques avec vomissements, une néphrite toxique avec hématurie, albuminurie et oligourie possibles et des lésions de la vessie. À très fortes doses, le coma peut être suivi de mort par arrêt respiratoire ; à doses plus faibles, on observe une anémie occasionnelle probablement suite à une lésion de la moelle osseuse [16].
La CL50 par inhalation est de 2459 ppm/4h (13 770 mg/m3/ 4h) chez le rat et 5204 ppm/2h (29 142 mg/m3/2h) chez la souris [16, 18]. Les symptômes, observés chez les animaux (rat, souris, cobaye, chat et chien) exposés pendant 1 à 6 heures par inhalation, sont ceux d’une atteinte du système nerveux central : incoordination musculaire, tremblements, convulsions, ataxie, somnolence, dyspnée, tachypnée, baisse du volume courant pulmonaire et mort par arrêt respiratoire brutal [2, 17, 19]. À l’autopsie, on observe une faible congestion pulmonaire mais pas de lésion [2, 16].
L’essence de térébenthine est un irritant sensoriel chez la souris. La RD50 (concentration qui inhibe de 50 % la fréquence respiratoire) est égale à 1173 ppm (6569mg/m3), avec une réponse maximale à la fin des 30 minutes d’exposition. Le temps de pause après l’expiration est augmenté, probablement par effet anesthésiant et non par irritation pulmonaire [20]. La plus faible dose létale chez le lapin par voie cutanée est 5010 mg/kg [19].
L’injection sous-cutanée, chez le rat et le lapin, provoque une inflammation chronique avec un effet sur le collagène dermique, une prolifération de nouveaux vaisseaux et un remodelage du tissu conjonctif [16].
L’essence de térébenthine est irritante pour les yeux, le nez et les membranes muqueuses. Elle provoque des eczémas par contact cutané probablement suite à la formation de produits d’oxydation, irritants encore plus puissants [2, 16]. Le contact du liquide avec l’oeil du lapin provoque une douleur immédiate sévère et un spasme de la paupière avec rougeur subséquente, mais pas de lésion [15].
Toxicité subchronique, chronique
Lors d’une exposition par voie respiratoire, une légère atteinte pulmonaire avec une inactivité généralisée sont observées chez le rat, cobaye, chien. Lors d’une exposition par voie cutanée, une hyperplasie épithéliale bénigne est observée chez la souris et le hamster.
Tous les rats femelles meurent après une exposition à 5000 mg/m3 (900 ppm, 6h/j, 5j/sem, 12 semaines). Des chiens, des rats mâles ou des cobayes supportent une exposition de même niveau ; les animaux présentent une légère atteinte pulmonaire et une inactivité généralisée. Chez le cobaye (715 ppm, 4h/j, 45-58 jours), il n’y a aucune modification hématologique ou clinique, seules des modifications mineures du foie et des reins sont observées [2, 15].
L’application cutanée induit chez la souris (solution de 25 à 50 %, 1 application/sem, 4 semaines) et le hamster (solution à 50 %, 3 fois/sem, 9 semaines) une hyperplasie épithéliale bénigne, réversible, avec hyperkératose (augmentation jusqu’à 3 fois de l’épaisseur) [21].
Effets génotoxiques
Aucune donnée n’est disponible chez l’homme à la date de publication de cette fiche toxicologique (2011).
Il n’existe pas de données publiées. Toutefois, à titre d’information, des études réalisées sur un des dérivés terpéniques présents, le d-limonène, montrent que ce constituant n’est pas génotoxique (voir fiche toxicologique INRS n° 227).
Effets cancérogènes
L’effet irritant de l’essence de térébenthine peut favoriser le développement de cancers cutanés dus à d’autres substances cancérigènes.
L’essence de térébenthine n’a pas été testée pour son effet cancérogène ; cependant, si elle est appliquée 1 à 3 jours avant une injection sous-cutanée d’uréthane, elle en augmente la cancérogénicité. L’ augmentation du nombre de tumeurs est liée à la sévérité de l’effet cutané local [22]. L'α-pinène, composant de l’essence de térébenthine a été montré co-cancérogène [23].
Par application cutanée chez la souris, l’essence de térébenthine n’est pas promotrice ; elle inhibe même la promotion induite par le TPA [24]. Elle induit une hyperplasie qui présente une cinétique semblable à celle induite par des cancérogènes connus (augmentation initiale de la perte cellulaire accompagnée d’une augmentation de renouvellement, suivie d’une baisse de la perte cellulaire) mais de durée et d’intensité plus faibles [25].
Effets sur la reproduction
Une foetotoxicité est observée à des doses toxiques pour les mères.
Une augmentation de la létalité, une dépression sévère du système nerveux central et un poids corporel faible ont été observés chez les rats nouveau-nés quand les mères sont exposées 2 fois/j pendant 10 minutes à une atmosphère saturée en essence de térébenthine du 17e au 21e jour de gestation. Les mères présentent des signes de toxicité pendant l’exposition (incoordination, salivation,augmentation de la fréquence respiratoire), réversibles dès la fin de l’exposition [15].