Toxicité aiguë [9 à 15]
L'administration par voies orale ou cutanée provoque une dépression du système nerveux central ainsi que des lésions corrosives soit du tube digestif soit de la peau. Les crésols induisent de graves lésions, parfois irréversibles, sur la peau et les yeux.
Par voie orale, les DL50 des 3 isomères sont comprises entre 120 et 240 mg/kg chez le rat si le produit est ingéré non dilué, entre 1350 et 1800 mg/kg s'il est administré en solution à 10 % dans l'huile d'olive ; dans ces dernières conditions, la sensibilité du lapin est proche de celle du rat, celle de la souris est un peu plus grande (DL50 comprises entre 344 et 828 mg/kg).
Par voie percutanée, les DL50 sont comprises entre 620 et 1100 mg/kg chez le rat, entre 300 et 2050 mg/kg chez le lapin.
Les effets systémiques observés sont identiques dans les 2 cas ; ils consistent essentiellement en une dépression du système nerveux central avec hypoactivité, tremblements et convulsions. Les crésols exercent d'autre part, localement, une action corrosive très marquée qui se manifeste, selon le cas, au niveau de la peau ou du tractus gastro-intestinal par une nécrose cellulaire. L'autopsie des animaux décédés révèle un œdème pulmonaire hémorragique, des hyperémies hépatique (avec nécrose cellulaire), rénale (avec atteintes tubulaires) et pancréatique.
La voie respiratoire a été beaucoup moins étudiée en raison notamment des difficultés techniques liées à la faible tension de vapeur des crésols à la température normale. On a rapporté toutefois des survies de rat après une exposition d'une heure à 710 mg/m3 (isomères méta ou para) ou à 1220 mg/m3 (isomère ortho), après 8 heures dans une atmosphère saturée en crésol à 25 °C et après 24 heures à 2,4 mg/m3. Dans le cas d'un mélange vapeurs-aérosols, une CL50 a pu être déterminée chez la souris : 179 mg/m3 pour une exposition de 2 heures.
D'une façon générale, l'isomère méta semble un peu moins toxique que les 2 autres.
En solutions concentrées, les crésols ont un effet corrosif sur la peau.
Les expérimentations sur le lapin révèlent que, si des concentrations de l'ordre de 2 à 3 % ne provoquent sur l'œil qu'une kératite réversible, dès 10 % on peut noter des effets oculaires sévères et définitifs [16].
Toxicité subchronique, chronique [9 à 12]
Une dépression du système nerveux central, une irritation des muqueuses et des effets hépatiques, rénaux et hématologiques ont été rapportés.
L'application quotidienne pendant 6 semaines d'une solution à 0,5 % d'ortho- ou de méta-crésol sur la peau de la souris est bien tolérée.
L'inhalation par la souris 2 heures/jour, 6jours/semaine, pendant 1 mois, d'un mélange vapeurs-aérosols de crésols à une concentration moyenne de 50 mg/m3 (26 à 76 mg/m3) provoque des effets semblables à ceux que l'on observe en intoxication aiguë : irritation des muqueuses, dépression du système nerveux central, hyperémies pulmonaire, hépatique et rénale ; on note en plus une réduction de la croissance pondérale et une dégénérescence des cellules nerveuses et myocardiques.
Chez des rats exposés 6 heures/jour, 5 jours/semaine, pendant 2 mois, puis 4 heures/jour, 5 jours/semaine, pendant 2 autres mois, à une concentration de vapeurs de 9 mg/m3, on note des effets neurologiques (perte du réflexe de défense) et hématologiques (hyperleucocytose). Chez ce même animal, une exposition de 3 mois (durée quotidienne non précisée) à une concentration de 0,05 mg/m3 aurait provoqué une réduction de la croissance pondérale et des effets neurologiques (excitabilité) ; histologiquement, on aurait observé une dénaturation des protéines du tissu pulmonaire.
Effets génotoxiques
Ils n'induisent pas d'effet génotoxique dans les tests classiques in vitro et in vivo.
Les 3 isomères donnent des résultats négatifs dans le test de Ames avec les souches TA 98, TA 100, TA 1535 et TA 1537 de Salmonella typhimurium, avec ou sans activation métabolique [17]. Ils n'induisent pas d'augmentation significative de la fréquence des échanges de chromatides sœurs in vitro chez des fibroblastes humains (sauf pour l'isomère ortho à concentration cytotoxique) ni in vivo chez la souris [18].
Le méta-crésol inhibe in vitro la polymérase réparatrice d'ADN de cellules HeLa en culture [19].
À concentration élevée, les 3 isomères - mais surtout l'isomère méta - induisent des aberrations chromosomiques dans les racines d'Allium cepa (C-mitose, mais peu de fragmentation de chromosomes) [20].
Effets cancérogènes [12]
L'application 2 fois par semaine pendant 19 semaines d'une solution à 20 % de crésol dans le benzène sur la peau de la souris favorise très significativement la formation de papillomes, induite par une application préalable de diméthylbenzanthracène (application unique une semaine avant l'administration de crésol). Elle ne fait pas en revanche apparaître de carcinomes.
Aucune étude de cancérogénèse n'a été publiée.
Effets sur la reproduction