Des études ont été menées en 1976, 1982, et en 1990, dans des mines et usines de traitement de wollastonite aux Etats-Unis à Willsboro.
En 1976, une étude (citée dans[2] et[26]) a été menée auprès de 104 hommes ayant été exposés à la wollastonite pendant au moins un an, à partir de 1952 . Les particules fibreuses de wollastonite présentaient un diamètre médian de 0,22 µm et une longueur moyenne de 2,5 µm. Le nombre de fibres, comptées par microscopie optique à contraste de phase (MOCP), était en moyenne de 0,3 fibre/cm3 dans la mine, et 23,3 fibres/cm3 dans l’usine. La prévalence des symptômes de bronchite chronique était plus élevée dans le groupe des travailleurs exposés (23 %) que chez les travailleurs non exposés aux poussières, sans association avec la durée d’exposition. Des cas de pneumoconiose ont été observés chez 4 travailleurs exposés à la wollastonite. Aucune pathologie restrictive n’a été mise en évidence sur les radiographies ou les épreuves fonctionnelles respiratoires (EFR) réalisées.
En 1982, une étude a été réalisée sur 108 hommes (102 travailleurs actuels et 6 anciens salariés), incluant une partie de la population de la précédente étude[28]. L'exposition cumulée aux poussières a été estimée (mg-ans/m3). Trois cas de pneumoconiose ont été retrouvés chez les travailleurs exposés à la wollastonite mais aucune progression significative des anomalies radiologiques n’a été mise en évidence depuis les radiographies de 1976 et aucune atteinte pleurale n’a été notée. Chez les travailleurs les plus fortement exposés à la poussière, une diminution significative du débit de pointe, du VEMS et du rapport VEMS/CVF comparativement aux travailleurs moins exposés a été montrée. Cette atteinte était indépendante de l’âge, de la taille et du statut tabagique. Les auteurs concluent que l'exposition à long terme à la wollastonite peut altérer la capacité ventilatoire. L'analyse des données pour les travailleurs exposés déjà suivis en 1976 a montré que les paramètres fonctionnels respiratoires avaient significativement diminué entre 1976 et 1982, sans qu’il soit possible d’établir une dose-réponse. Par ailleurs, une possible co-exposition à des poussières de quartz est notée[2, 3, 26, 28, 31].
En 1990, une étude a été menée chez 112 travailleurs (tous ont bénéficié de radiographies thoraciques et 110 EFR). Des anomalies sur la radiographie thoracique et des atteintes modérées de la fonction pulmonaire ont été rapportées chez quelques travailleurs (sans autre précision). Aucun effet sans relation significative avec l'intensité ou de la durée de l’exposition [26].
En 1983, une étude clinique a été menée auprès de 46 hommes exposés à la wollastonite dans une carrière finlandaise de calcaire et de wollastonite et une usine de flottation utilisée pour la purification finale de la wollastonite. Il existait une co-exposition potentielle à la calcite et à l’amiante. La durée moyenne de l'exposition à la wollastonite était de 22,8 ans[29]. Les concentrations moyennes de poussières totales variaient de 0,3 à 67 mg/m3 et celles des fibres de wollastonite allaient de 5,1 à 33 fibres/cm3 (MOCP) ou de 2,6 à 52 fibres/cm3 (microscopie electronique). Les radiographies thoraciques ont révélé une fibrose pulmonaire chez 14 travailleurs et un épaississement pleural bilatéral chez 13 travailleurs. La durée moyenne d'exposition était de 22 ans (10-35 ans) pour les salariés présentant une fibrose pulmonaire et de 18,8 ans (14-30 ans) pour les travailleurs sans fibrose pulmonaire. Aucune relation entre les anomalies radiologiques et l’intensité de l’exposition n’a été mise en évidence [2, 26, 29].
Une étude de suivi [27]1 de l'étude précédente s’est intéressée à 49 travailleurs (40 hommes et 9 femmes). Quarante des 46 salariés de l’étude de Huuskonen [29] ont été inclus. La durée moyenne d'exposition des travailleurs était de 25 ans. Les mesures ultérieures ont indiqué des concentrations de fibres allant de 0,04 à 3,4 fibres/cm3 pour la wollastonite et de 0,09 à 1,2 fibres/cm3 pour la calcite. Des fibres de trémolite (asbestiformes) ont également été observées dans certains échantillons de poussières en suspension dans l'exploitation minière de calcite (0,1 fibres/cm3 dans le concassage secondaire). Neuf travailleurs, dont cinq avaient été exposés à l'amiante (« possible » ou « probable » exposition), présentaient des plaques pleurales. Aucune association entre la survenue de plaques pleurales ou d’une fibrose pulmonaire n’a été mise en évidence avec l’exposition à la wollastonite. Deux travailleurs avaient de petites opacités pulmonaires irrégulières, à la radiographie thoracique, sans fibrose parenchymateuse. Aucune fibre ou corps de wollastonite n’a été retrouvé dans les lavages broncho alvéolaires (LBA) réalisés chez 4 salariés. Au moment des LBA, l’exposition de 2 salariés avait cessé depuis plus de 5 ans et trois d’entre eux présentaient des plaques pleurales bilatérales. Des fibres de crocidolite, anthophyllite ou chrysotile et des corps asbestosiques ont été identifiés dans le LBA de 3 des 4 travailleurs. L’analyse des tissus pulmonaires de 2 salariés ayant travaillé plus de 25 ans dans la mine n’a pas retrouvé de wollastonite ; en revanche, des fibres de trémolite, d’anthophyllite et de crocidolite ont été retrouvées[1, 2, 26, 27].1https://www.inrs.fr/publications/bdd/fichetox/fiche.html?refINRS=FICHETOX_313§ion=pathologieToxicologie#ancre_BiblioTexte
Une étude de mortalité a été réalisée auprès de 192 hommes et 46 femmes, employés pendant une durée minimale de 1 an, dans une carrière finlandaise de wollastonite entre 1923 et 1980. L'étude n'a pas révélé d’excès de décès toutes causes confondues. L’étude n’a pas mis en évidence d'excès de mortalité par cancer (comparé au taux de mortalité par cancer de la population générale finlandaise), ni d’excès de décès par tumeurs malignes, par cancers bronchiques ou par maladies cardio-vasculaires. Les travailleurs étaient co-exposés à d'autres matériaux (notamment de la calcite et de la silice), et les habitudes tabagiques de la cohorte n’ont pas été évaluées. Le IARC a estimé que cette étude présentait une faible puissance statistique. De plus, selon les auteurs, l’estimation des expositions à la wollastonite en milieu de travail, fondées sur les niveaux d'exposition au moment de l’étude, sous-estimaient probablement le niveau d'exposition des années antérieures [1 à 3, 26, 34].
En 1997, le IARC a classé la wollastonite naturelle dans le Groupe 3 (l'agent est inclassable quant à sa cancérogénicité pour l'homme) sur la base d’indications de cancérogénicité insuffisantes chez l'homme et chez l'animal de laboratoire. Depuis ce travail d’expertise, les études parues ne remettent pas en cause ces conclusions [2].